Un contrôle d’identité peut être contourné par un opérateur humain, pas seulement par une image

Des vendeurs clandestins empaquettent faux documents, vidéos truquées et vérification faciale par un tiers pour déjouer les contrôles d’identité des banques.

Romain Ferrand Par Romain Ferrand
4 min de lecture
Un contrôle d’identité peut être contourné par un opérateur humain, pas seulement par une image
Une personne échange en visioconférence avec une femme apparaissant sur l’écran d’un ordinateur portable, posé sur une table ronde blanche.

En bref

  • Flare a observé, de mars à septembre 2026, des offres clandestines visant à contourner les contrôles KYC.
  • Les vendeurs proposent documents, comptes déjà vérifiés, vidéos générées par IA et opérateurs humains.
  • FinCEN et le NIST recommandent d’examiner le dossier complet et de durcir la preuve de vie.

Dans un rapport que relaie BleepingComputer, la société Flare décrit comment des cybercriminels monnayent des moyens de franchir la vérification d’identité exigée par les banques et les plateformes de cryptomonnaies.

Le KYC et l’affaire OnlyFake

Le KYC (Know Your Client) désigne le processus par lequel un établissement financier établit l’identité d’un client et évalue le risque qu’il présente. Selon le niveau de risque, l’établissement valide le document, compare sa photo à une image en direct, confirme les coordonnées, demande l’origine des fonds et consulte les listes de sanctions et de personnes politiquement exposées. Le contrôle ne s’arrête pas à l’ouverture du compte : il se prolonge par la surveillance des transactions et par des vérifications supplémentaires si les informations changent ou si l’activité paraît inhabituelle.

L’affaire OnlyFake montre l’ampleur du marché des faux papiers. Les clients de ce service pouvaient fabriquer passeports, permis de conduire, cartes de Sécurité sociale et documents de dizaines de pays, présentés au choix comme un scan ou comme la photo d’une pièce physique. D’après le département américain de la Justice, ces pièces servaient à masquer des identités, à franchir les contrôles de banques et de plateformes de cryptomonnaies et à blanchir de l’argent.

10 000documents d’identité numériques frauduleux générés par OnlyFake, dont l’opérateur a plaidé coupable aux États-Unis en février 2026

Ce que vendent les marchés clandestins

Flare collecte chaque année des centaines de milliers de résultats de recherche liés aux services KYC et au commerce de comptes vérifiés. L’activité qu’elle décrit court de mars à septembre 2026. Dans les communautés surveillées, les offres se répartissent ainsi :

Deux mains tiennent un smartphone sombre, dont on voit le dos et l’objectif, devant un arrière-plan flou d’intérieur.
Deux mains tiennent un smartphone dans un intérieur, l’arrière-plan est flou. Photo : Alexas Fotos / Pexels
  • des photos et des vidéos manipulées ;
  • une aide à la vérification d’identité en direct ;
  • des comptes présentés comme ayant déjà passé des contrôles ;
  • des justificatifs sur mesure : en mars 2026, un vendeur de forum proposait des documents d’identité et financiers générés ou modifiés, dont des relevés bancaires censés confirmer une adresse, des revenus ou la propriété d’un compte.

Les acteurs assemblent des données d’identité, des documents, des photos ou vidéos, une préparation de l’appareil et du navigateur, puis une vérification en direct, confiée à un opérateur humain ou à des médias synthétiques. La cohérence est décisive : noms, photos et adresses doivent concorder dans tout le dossier, car une discordance peut provoquer un rejet ou un contrôle supplémentaire.

Comment la preuve de vie est déjouée

Certains systèmes recourent à une détection passive, qui analyse un court enregistrement de la caméra. D’autres exigent une action : tourner la tête, parler, cligner des yeux ou lire des chiffres affichés à l’écran. Flare relève des réponses à chacun de ces cas.

Technique observée Ce que décrit Flare
Médias altérés Photos retouchées et vidéos générées par IA à partir du visage du document ; certains outils prétendent changer l’apparence en direct en remplaçant l’image de la caméra physique.
« Human KYC » Une personne réalise la vérification faciale ou vidéo avec des éléments d’identité préparés ; une annonce de recrutement cherchait quelqu’un maniant des deepfakes en direct.
Lecture de chiffres Un acteur vendait des conseils pour franchir ce contrôle, qui demande coordination et adaptation plutôt qu’un objet préparé.
Après la vente Aide à la vérification continue et à la récupération de compte, ce qui laisse l’acheteur dépendant du vendeur.

Les outils de deepfake en direct sont ici des offres : leurs vendeurs les disent efficaces, sans que cela soit établi.

Les parades recommandées

FinCEN a averti les institutions financières que des criminels emploient des deepfakes et de faux documents pour déjouer la vérification des clients. Son alerte conseille d’examiner le dossier complet, car des écarts entre l’identité déclarée, les justificatifs, les images du visage et l’activité du compte peuvent révéler que plusieurs éléments ont été préparés par des personnes ou des outils différents.

Le NIST recommande de collecter documents et images faciales pendant la session elle-même, de vérifier qu’ils n’ont pas été altérés et de détecter les logiciels qui remplacent le flux d’une caméra. Des consignes imprévisibles, comme un mouvement précis ou des chiffres changeants, compliquent l’usage d’enregistrements préparés, et les informations sur l’appareil aident à juger si la session provient d’un équipement ordinaire. Combinés, ces contrôles offrent de meilleures chances de repérer l’association de faux documents, de deepfakes et d’opérateurs humains.

Photo : Edward Jenner / Pexels

Romain Ferrand

Menaces, protection des données et sensibilisation

Romain Ferrand

Romain Ferrand a été administrateur systèmes et réseaux pendant vingt ans, d'abord dans une mairie puis dans une PME industrielle. Pour VIGINEO, il écrit les conseils de protection : mots de passe, sauvegardes, mises à jour, réflexes face à un courriel douteux. Il teste chaque réglage sur ses propres appareils avant de le recommander. Il court en forêt le week-end.